En effet, les premiers écrivains catholiques nous renseignent amplement sur qui a écrit les évangiles, quand, et même comment. Ces écrivains s’étendent jusqu’au cinquième siècle. Voire plus tard. Mais là il y a moins de certitudes tandis que dans les premiers siècles, dans l’empire romain hyper civilisé, et sous la protection de la paix romaine, on pouvait garder de nombreux documents dont énormément ne nous sont pas parvenus. Tandis que d’autres ne sont connus qu’en partie que parce qu’ils ont été cités par les auteurs chrétiens. Il était alors à peu près aussi impossible de dire n’importe quoi sous peine d’être immédiatement contredits. Ce serait un peu comme dire aujourd’hui que Louis XVI n’a pas été guillotiné!

Si c’est si clair, me direz vous, il n’y avait pas besoin de la démonstration simple que j’ai donné avant. En fait, si! Parce que, par exemple, ces auteurs ne donnent pas la date exacte de Mathieu, mais seulement le fait que l’évangile a été écrit avant son départ de Palestine.

Ceci étant dit, je vous donne maintenant les textes de ces auteurs chrétiens! Vous allez voir : cela clôt donc le débat.

Papias

Papias, était évêque de Hiérapolis (115-130), Il a donc écrit très tôt dans un milieu où le souvenir des apôtres étaient très vif. Il écrivit un ouvrage “Exégèse des Faits et Gestes du Seigneur”, dont nous connaissons des extraits car ils sont cités par Eusèbe de Césarée dans son “Histoire de l’Église”. Voici ces extraits :

Marc, qui était l’interprète de Pierre, a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n’avait pas entendu ni accompagné le Seigneur, mais plus tard, comme je l’ai dit, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire une synthèse des faits et gestes du Seigneur. De la sorte, Marc n’a pas commis d’erreur en écrivant comme il se souvenait. Il n’a eu, en effet, qu’un seul dessein, celui de ne rien laisser de côté de ce qu’il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu’il rapportait.”

“Matthieu réunit donc en langue hébraïque les faits et gestes [du Seigneur] et chacun les traduit comme il en était capable.

On remarque la précision scientifique du témoignage. Papias précise bien que Marc a écrit sans ordre, et donc qu’il n’a pas commis d’erreurs. Il attache donc de la valeur à ce que le témoignage qu’il donne soit précis et qu’on ne puisse le réfuter : dans les milieux chrétiens, on se préoccupait donc d’avoir des récits les plus sûrs possibles.

Signalons que Papias vérifiait ses sources. Il a écrit aussi (d’après Eusèbe de Césarée 3,39)

“” Pour toi, je n’hésiterai pas à ajouter à mes explications ce que j’ai bien appris autrefois des presbytres et dont j’ai bien gardé le souvenir, afin d’en fortifier la vérité. Car je ne me plaisais pas auprès de ceux qui parlent beaucoup, comme le font la plupart, mais auprès de ceux qui enseignent la vérité; je ne me plaisais pas non plus auprès de ceux qui font mémoire de commandements étrangers, mais auprès de ceux qui rappellent les commandements donnés par le Seigneur à la foi et nés de la vérité elle-même. Si quelque part venait quelqu’un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m’informais des paroles des presbytres : ce qu’ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur; et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres ne fussent aussi utiles que ce qui vient d’une parole vivante et durable.

Irénée

  Irénée, fut évêque de Lyon, a écrit, dans les années 180-185. Il a écrit, “Contre les Hérésies” . On y trouve ce passage

Matthieu publia chez les Hébreux dans leur propre langue une Écriture d’Évangile, Pierre et Paul évangélisant à Rome et fondant l’Eglise ; après leur départ, Marc, le disciple et traducteur de Pierre, lui aussi nous a transmis par écrit la prédication de Pierre. Luc, le compagnon de Paul, mit dans un livre l’Évangile prêché par lui.  Enfin Jean, le disciple du Seigneur, celui qui a même reposé sur sa poitrine, a publié lui aussi l’Évangile, tandis qu’il vivait à Éphèse, en Asie.

Eusèbe de Césarée 6,14, à propos de Clément d’Alexandrie (150-211)  a écrit

Clément cite une tradition des anciens presbytres relativement à l’ordre des Évangiles ; la voici : il disait que les Évangiles qui comprennent les généalogies ont été écrits d’abord et que celui selon Marc le fut dans les circonstances suivantes : Pierre ayant prêché la doctrine publiquement à Rome et ayant exposé l’Évangile par l’Esprit, ses auditeurs qui étaient nombreux, exhortèrent Marc, en tant qu’il l’avait accompagné depuis longtemps et qu’il se souvenait de ses paroles, à transcrire ce qu’il avait dit : il le fit et transcrivit l’Évangile à ceux qui le lui avaient demandé : ce que Pierre ayant appris, il ne fit rien par ses conseils, pour l’en empêcher ou pour l’y pousser. Quant à Jean, le dernier, voyant que les choses corporelles avaient été exposées dans les Évangiles, poussé par ses disciples et divinement inspiré par l’Esprit, il fit un Évangile spirituel.

  Origène, né en 185, mort en 253 ou 254, dit dans son “Commentaire  sur Saint Matthieu” (écrit vers 245) :

Comme je l’ai appris dans la tradition au sujet des quatre Évangiles qui sont aussi seuls incontestés dans l’Eglise de Dieu qui est sous le Ciel, d’abord a été écrit celui qui est selon Matthieu, premièrement publicain, puis apôtre de jésus-Christ : il l’a édité pour les croyants venus du Judaïsme, et composé en langue hébraïque. Le second [Évangile] est celui selon Marc, qui l’a fait comme Pierre le lui avait indiqué.”

Eusèbe de Césarée,

C’est un personnage important car il nous apporte une connaissance précieuse sur l’Eglise des trois premiers siècles. Ainsi, sur le site https://www.universalis.fr/encyclopedie/eusebe-de-cesaree/, on trouve

Né probablement à Césarée de Palestine, Eusèbe restera fidèle à cette ville jusqu’à sa mort, d’abord comme collaborateur du prêtre Pamphile, qui avait recueilli et enrichi la bibliothèque léguée par Origène à Césarée, puis comme évêque de cette cité. D’origine modeste, il doit à son immense érudition le succès d’une carrière qui l’a conduit à l’épiscopat. Durant le première partie de sa vie, assisté d’une équipe de copistes, il révise et édite les livres saints et les autres textes de la bibliothèque. Eusèbe lit toutes les œuvres de la littérature profane ou chrétienne qui lui sont accessibles et constitue des recueils qui lui serviront à composer plus tard ses grands ouvrages. Avec la paix de Constantin, il rentre à Césarée et est élu à l’épiscopat entre 315 et 320. C’est la période de sa production littéraire la plus intense dont une première version de son Histoire de l’Église. On ignore la date de sa mort, qui est antérieure à 341.

Son “Histoire Ecclésiastique », est la plus ancienne histoire de l’Eglise qui nous soit resté, hormis les Actes des Apotres. On peut la trouver sur internet, par exemple http://fdier02140.free.fr/HE.pdf.

Eusèbe dit avoir fait une étude sérieuse pour écrire son histoire : bref il a agit comme un historien  (honnète!) en ayant soin de vérifier ses sources et de les citer.  Il y avait en effet à cette époque de nombreux écrits (dont la majorité ont été perdu) qui permettaient une étude historique sérieuse.

Eusèbe écrit donc : “Matthieu prêcha d’abord aux Hébreux. Comme il devait aller aussi vers d’autres, il livra à l’écriture, dans sa langue maternelle, son Évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l’Ecriture, pour ceux dont il s’éloignait.”

et  aussi

Par contre, l’éclat de la piété brilla tellement dans les esprits des auditeurs de Pierre qu’ils ne tinrent pas pour suffisant de l’avoir entendu une fois pour toutes, ni d’avoir reçu l’enseignement oral du message divin, mais que, par toutes sortes d’instances, ils supplièrent Marc, dont l’Évangile nous est parvenu et qui était le compagnon de Pierre, de leur laisser un monument écrit de l’enseignement qui leur avait été transmis

oralement : ils ne cessèrent pas leurs demandes avant d’avoir contraint Marc et ainsi ils furent la cause de la mise par écrit de l’Évangile appelé ” selon Marc “. L’apôtre, dit-on, connut le fait par une révélation de l’Esprit; il se réjouit du désir de ces hommes et il confirma le livre pour la lecture dans les assemblées. Clément, au sixième livre des Hypotyposes, rapporte le fait et l’évêque d’Hiérapolis, nommé Papias, le confirme de son témoignage.”

Et encore

Et maintenant, indiquons les écrits incontestés de cet apôtre (Jean). ………. Et pourtant, d’eux tous, seuls Matthieu et Jean nous ont

laissé des mémoires des entretiens du Seigneur : et la tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité. Matthieu, en effet, prêcha d’abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d’autres, il livra à l’écriture, dans sa langue maternelle, son Évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l’écriture, pour ceux dont il s’éloignait. Alors que déjà Marc et Luc avaient publié leurs Évangiles, Jean, dit-on, avait employé, pendant tout le temps, la prédication orale. Finalement, il en vint aussi à écrire, pour la raison suivante. Alors que les trois évangiles écrits précédemment avaient déjà été transmis chez tous (les fidèles) et

chez lui aussi, il les reçut, dit-on en rendant témoignage de leur vérité. Mais il manquait à leurs écrits le seul récit des choses faites par le Christ dans les premiers temps et au début de sa prédication . Et ce motif est véritable. ………..Vraisemblablement donc Jean a passé sous silence la généalogie de notre Sauveur selon la chair, parce qu’elle avait été écrite auparavant par Matthieu et par Luc; mais il a commencé par (parler de) sa divinité qui lui avait été réservée en quelque sorte par l’Esprit divin, comme au meilleur.

………..

Quant à Luc, lui-même, dès le début de son ouvrage, a marqué les motifs pour lesquels il l’a composé : il indique que beaucoup d’autres se sont exercés avec trop de précipitation à faire le récit des choses que lui-même a connues avec une entière certitude. Par suite il juge nécessaire de nous débarrasser des suppositions incertaines faites par les autres et de transmettre dans son propre évangile le récit assuré de ce dont lui-même a saisi la vérité avec certitude, par suite de la compagnie et des entretiens de Paul et des conversations des autres apôtres.”

Et encore

Quant à Luc, antiochien d’origine et médecin de profession, il fut très longtemps associé à Paul………..On dit que Paul a coutume d’appeler l’Évangile selon Luc, toutes les fois qu’il écrit, comme s’il parlait d’un évangile qui lui est propre : Selon mon évangile.

Rappelons que ces récits sont les seuls qui nous soient parvenus pour les trois premiers siècles. Ils ne sont donc que la partie immergé de l’iceberg des écrits chrétiens. Et ils disent tous la même chose. Il ne manque que la date d’écriture des Actes des apôtres pour compléter mes affirmations. J’y reviendrais ici.

Jerome

En 383, le pape Damase a confié à saint Jérôme  la tache de traduire la Bible en latin. En effet de nombreuses traductions dans les diverses langues de l’empire avaient été faites avec plus ou moins de bonheur. Les écarts avec la version originale  posaient bien sûr des problèmes aux évèques. Finalement Jérome a du vérifier les sources et les textes originaux pour éviter toute erreur (mais lui, il n’a pas traduit au mot à mot. Peut être ignorait il 350 ans après leur rédaction que c’était le cas pour le texte original).

On peut être sûr de son honeteté parce que quand le cas se présente, Saint Jérôme sait très bien avouer son doute ou son ignorance.

Jérome dit donc dans ses préfaces
1) Que Matthieu commença son apostolat en Judée. Il composa son Evangile en lettres et en langage hébraïques . Qui l’a traduit en grec ? On ne sait pas exactement. Cependant un exemplaire hébreu a été conservé « jusqu’à ce jour » à la Bibliothèque de Césarée. Par ailleurs Saint Jérôme précise que les citations bibliques (fréquentes chez Matthieu) ne sont pas empruntées à la version des Septante (en grec), mais à l’hébreu.

2) Que  Marc, « disciple et interprète de Pierre », à la demande des frères de Rome, écrivit son évangile en suivant l’enseignement de Pierre. Saint Jérôme s’appuyant sur un texte de Clément, précise en outre que Pierre le fit publier pour qu’il soit lu aux Eglises sous son autorité.

3) Au sujet de Saint Luc, Saint Jérôme, après avoir rappelé le témoignage de divers passages des Epîtres de Saint Paul, résume la question en disant : « Il (Saint Luc) a écrit l’Evangile comme il l’a entendu, mais il a composé les Actes des Apôtres comme il les a vus. »

4) Quant à Saint Jean : «  L’apôtre Jean, le disciple bien aimé de Jésus, a été le dernier à composer son Evangile, à la demande des évêques d’Asie, pour lutter contre les hérétiques, qui niaient en particulier l’existence éternelle du Christ. ….On disait aussi que Jean désirait combler, dans l’histoire de la prédication de Jésus, la période non couverte par les synoptiques. «

Remarque : Saint Jérome était un saint qui a fait ce travail très sérieusement (cf par exemple sa lettre au pape Damase). Et il avait accès à toutes les bibliothèques de l’empire qui foisonnaient (il y en avait dans beaucoup de maisons privés). C’est donc un témoignage remontant finalement aux origines (à travers les archives qu’il a pu consulter).

 

Remarque : Si il y avait eu un doute ou des combats contre l’authenticité des auteurs des évangiles, les pères de l’Eglise aurait bien sûr bataillé contre ces attaques. Or rien! A l’extrême minimum ils les auraient  au moins évoqués mais seulement si ces attaques étaient vraiment ridicules. Rien de rien. De même les auteurs neutres ou anti chrétiens (genre Celse) s’en seraient abondamment servis : cela aurait été du pain béni pour eux! Toujours rien!

Eh oui! Les païens l’auraient su : par les renégats trop contents de se justifier à peu de frais.

Une preuve de plus qu’il ne peut y avoir de doutes sur les auteurs des évangiles. Ce sont bien, Mathieu, Marc pour Pierre, Luc pour Paul, Jean, c’est à dire des témoins de premier choix.